*Murakami Ryu* Miso Soup

Publié le 11 Décembre 2008

 

Quatrième de couverture:

Kenji, un jeune Japonais de vingt ans, gagne sa vie en guidant des touristes dans le célèbre quartier louche de Kabukichô, à Tôkyô. C'est en compagnie de Frank, un client américain, qu'il parcourt durant trois nuits les lieux de plaisir de Shinjuku : trois nuits de terreur auprès d'un meurtrier inquiétant avec qui il joue au chat et à la souris. Ce roman court et percutant laisse une sorte d'amertume, un goût métallique pareil à celui du sang qui imprègne ces pages minutieuses décrivant - comme l'auteur l'avait magistralement fait dans son roman Les Bébés de la consigne automatique - l'agonie d'un monde sans âme et voué à la solitude. " La littérature, nous dit Murakami, consiste à traduire les cris et les chuchotements de ceux qui suffoquent, privés de mots... En écrivant ce roman, je me suis senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures. "

 

Commentaire:

Cette fois-ci, il s'agit bien de Ryu et pas Haruki et qui dit "Murakami Ryu" dit forcément "sombre". Enfin il parait qu'il y a une exception ("1969") mais je ne l'ai pas encore lu celui-là donc pour moi Murakami Ryu est associé à des notions telles que "sombre", "glauque", "violent"…parfois il y a de l'espoir, parfois pas. Là le roman en est tout simplement dénué. J'ai cherché une porte de sortie pour les personnages et je n'en ai pas trouvé. La postface de l'auteur poursuit cette idée. Il écrit en effet "J'ai l'impression d'observer des organismes vivants en train de mourir lentement à l'intérieur d'une pièce aseptisée. Tout cela m'écoeure déjà, mais je suis persuadé que, loin de s'arrêter, la décadence ne fera que s'accélérer tandis que se renforceront des phénomènes d'ordre réactionnaire et régressif". Un roman très sombre, vous vous en doutez, difficile à supporter, mais également passionnant, sans doute pour les mêmes raisons qui le rendent difficile à lire.

Murakami a une écriture plutôt difficile à lire en général avec pas mal de longues descriptions, beaucoup de détails, et surtout une écriture très crue. Ici, encore une fois, il ne s'embarrasse pas de jolies tournures pour déguiser la violence et épargner son lecteur. Par contre j'ai trouvé ce roman plus facile à lire que certains autres dans le sens où il y avait peut-être moins de longues descriptions, plus de dialogue. Mais je me demande si ce n'est pas juste une impression. En tous cas cela ne change rien au fait que c'est difficile à avaler. Et réaliste semble t-il malheureusement.

Bien qu'il s'agisse de meurtres, il n'y a pas de véritable meurtre je pense. C'est le narrateur qui l'exprime en premier mais les personnes assassinées, bien que physiquement en vie, sont déjà mortes intérieurement. J'ai beaucoup aimé la façon dont le narrateur dépeint la vie nocturne de Tokyo. Dans un sens cela m'a un peu rappelé "The great happiness place" lorsqu'il raconte le besoin d'échapper à la solitude qui pousse les filles à se prostituer. Mais c'est encore bien plus sombre que le documentaire en question.

Sans doute parce que je me suis sentie éloignée du narrateur, ce roman m'a moins "dérangée" que d'autres romans de Murakami Ryu mais malgré tout, il a eu son effet. Plutôt qu'un malaise, j'ai ressenti énormément de tristesse en le lisant, de la pitié pour les personnages en fait. Même pour l'assassin, plus encore pour ses victimes. Le discours sur la prostitution et sur la chute de la société Japonaise fait vraiment peur. Et je dois dire qu'à plusieurs moments j'ai failli pleurer sur le sort d'un personnage secondaire, exprimé en trois lignes, tellement ils étaient pathétiques.

C'est un roman que je vous recommande d'essayer car bien qu'il ne soit pas évident à lire, il apporte quelque chose à son lecteur je pense. C'est sans doute, après "Les bébés de la consigne automatique", le roman de Murakami Ryu que je préfère à ce jour. Certains le considèrent comme un polar, franchement je n'ai pas tellement trouvé qu'il y ait de suspens. La fin nous est pratiquement donnée dès le début….c'est un livre que j'ai pris vraiment comme une simple description d'un pays qui … eh bien qui "pourrit" finalement.

Rédigé par Milady

Publié dans #Littérature, #Roman, #Japon, #Murakami Ryu, #Miso Soup, #Drame

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