*Tablo* Pieces of you : Counting Pulses [Traduction] pt.1

Publié le 14 Octobre 2010

 

Putain il était long celui-là….>.< (obligée de faire deux parties O_O) Mais ça valait le coup. Sauf que le souci des nouvelles de Tablo c’est que, je les aime beaucoup, mais elles ont tendance à me plonger dans un stade de dépression. Ce que j’adore tout de même c’est qu’en les relisant je saisis plein de nouvelles choses. Du coup quand je les traduis , j’apprends à les apprécier encore plus et mon moral s’enfonce encore plus dans mes chaussettes.

 

Cette nouvelle-là fait partie de mes favorites. Je me demande même si ce n’est pas celle que je préfère bien qu’elle me brise le cœur. On ne peut pas dire que ce soit hyper palpitant, y a pas dix milles retournements, mais comme dans Andante, il réussit à nous faire nous attacher aux personnages en nous livrant qu’un fragment de leur vie.

 

La nouvelle s’appelle « Counting Pulses » et la traduction en français est laide mais cela serait quelque chose du genre « Compter les battements de cœur ». Ca donne quand même mieux en Anglais ! Sinon, tout ce que vous avez besoin de savoir c’est que la chanson American Pie a été écrite par Don Mc Lean (elle est sortie en 1971) et parle du jour où la musique est morte (cela a toute son importance dans le texte). Dans la nouvelle vous trouverez un extrait dont je n’ai pas traduit les paroles dans le texte mais voici :

 

Au revoir, Miss American Pie

J’ai conduit ma Chevrolet jusqu’au lac mais le lac était à sec

Et de bon vieux gars buvaient du whisky de seigle

En chantant « aujourd’hui sera le jour de ma mort »

 

Aujourd’hui sera le jour de ma mort.

 

 

Voilà…encore une fois je m’excuse de la traduction non-professionnelle et j’espère que la nouvelle n’y perdra pas trop ! Enjoy <3

 

 

 


Counting Pulses

 

 

 


Un

 

Mike passa sa main tenant la cigarette par la fenêtre et laissa son visage entrer en contact avec le froid extérieur, chantonnant un air qu’il avait entendu à la radio. Il inspira, laissant un fragment de nuit infiltrer ses sens et se mélanger à l’odeur chaude et lourde de la fumée. Tout en se penchant encore plus vers l’extérieur, son regard se porta en dessous de la lune sur les fenêtres d’un immeuble, certaines allumées et d’autres non, puis descendit jusqu’aux rues plus bas encore. Les voitures roulaient vite, laissant trainer dans l’obscurité derrière elles leurs queues rouges et jaunes. Des parents rentrant chez eux après le travail, des jeunes s’enfonçant dans la ville pour profiter de leur soirée… il choisit une voiture et la suivit des yeux, laissant son esprit rouler avec elle jusqu’à ce qu’elle sorte de son champ de vision. Il jeta la cigarette d’un petit geste et laissa la nuit l’attraper, tourbillonnant dans ce grand rien obscur.
 
Il retourna dans la cuisine et versa le médicament dans une atsse remplie  d’eau puis mit la tasse dans le micro-onde. Après l’avoir réchauffée pendant une minute, il sortit la tasse avec précaution à l’aide d’une serviette, et la mit sur une assiette elle-même reposant sur un petit plateau. Il éteignit les lumières de la cuisine et marcha jusqu’à la chambre de sa mère, le plateau en équilibre sur une main et l’autre main mélangeant l’eau et le médicament. Un peu de vapeur s’échappait doucement de la tasse et venait embuer ses lunettes.
 
Il ouvrit la porte en la poussant de l’épaule et, la tenant entrouverte, regarda à l’intérieur de la petite pièce, le petit lit dans lequel sa mère s’était endormie. La lampe de chevet projetait une lumière faible et paresseuse sur une petite bible noire, laissée ouverte près de l’oreiller. Elle ronflait et chaque ronflement se terminait sur de petites respirations qui sonnaient comme des notes de musique. Mike resta près de la porte et l’écouta pendant un bref instant puis entra et posa le plateau près d’elle sur le lit, la secouant doucement pour qu’elle se réveille ;
 


-          Oh, je me suis endormie, fit-elle avec un sourire en se retournant.
 

Son visage pâle se teinta d’un léger rose et Mike trouva qu’elle semblait presque coupable de s’être endormie.

 
-          Tu dois être fatiguée, dit-il. Je ne me suis absenté que quelques minutes.
 

Il ferma la bible et la posa sur la table de chevet, à côté de ses lunettes de lecture.
 

-          Ne lis pas avec cet éclairage.

-          Je ne lisais pas vraiment.

-          D’accord, mais ne lis pas avec cet éclairage.

 
Il s’assit sur le bord du lit et touilla à nouveau le médicament.

 
-          Tiens, bois.
 

Elle prit la tasse et la porta à ses lèvres, buvant à petites gorgées. Mike regarda ses maigres poignets et, observant la lenteur à laquelle elle buvait, se demanda si la tasse était trop chaude ou trop lourde.

 
-          Tu as encore fumé.

-          Pas vraiment.

-          D’accord, dit-elle sans détourner le regard de sa tasse. Tu sors ?

-          Je ne sais pas. Bois d’abord cela.

 
Elle hocha la tête et porta la tasse à ses lèvres une seconde fois. Mike  observa la ligne de son cou que chaque gorgée tirait violemment. Tout le processus semblait long et douloureux.

 
-          Mai a chanté à l’assemblée aujourd’hui, dit-il.

-          C’est un amour, répondit sa mère en souriant.

 
Elle reposa la tasse désormais vide sur le plateau.
 

-          Je suppose. Elle a été bonne.

 
Il souleva le plateau et se leva pour retourner à la cuisine.

 
-          Tu as besoin de dormir maintenant, dit-il.

 
Elle hocha la tête et Mike sortit de la chambre, fermant fermement la porte derrière lui. Il put l’entendre tousser, violemment et soudainement, comme si elle s’était retenue jusqu’à ce qu’il sorte. Les toussements furent suivis d’un long soupir brisé et après l’avoir entendu, Mike s’éloigna vers la cuisine.

Quand il eut enfin fini de faire la vaisselle du diner, Mike se sentit fatigué et somnolent comme si un large rocher lui pesait sur la nuque, menaçant de le faire tomber à tout moment sur le sol de la cuisine. Il se dirigea vers le salon où, décida t-il, il s’endormirait sur le canapé après avoir regardé la télévision quelques minutes. Il s’assit confortablement, le cou reposant sur un petit coussin, et zappa quelques minutes pour trouver les informations du soir. Il baissa le volume jusqu’à ne plus entendre qu’une sorte de berceuse et écouta, les yeux fermés. Mais il s’avéra que ce que racontait le présentateur, à propos de miraculeux guérisseurs en Inde, l’intéressait et après une demie-heure il décida que le canapé ne marcherait pas.

En fait il aurait du sortir avec May assister à une projection nocturne au forum de cinéma. Tous deux avaient passés presque tout leur temps libre après l’école dans un restaurant pas loin, où Mile l’avait aidée à écrire une dissertation qu’elle devait écrire pour obtenir une bourse universitaire. Il était le seul à savoir secrètement qu’elle n’était pas aussi intelligente qu’elle le paraissait mais son père était un psychologue travaillant dans une clinique et très bien payé, et elle était très douée pour parler de l’esprit humain et le manipuler. Et puis elle avait vraiment bien chanté à l’assemblée aujourd’hui. Mais il avait fallu que Mike quitte le restaurant pour mettre sa mère au lit et lui faire boire son médicament qu’elle aurait sinon probablement oublier, et maintenant il n’avait plus trop envie de ressortir . En plus May voulait voir un film Français et Mike était certain de détester cela, bien qu’il n’en ait jamais réellement regardé. De toute façon à l’heure qu’il était, elle avait probablement trouvé quelqu’un d’autre pour l’accompagner.

Mike s’allongea sur son lit, portant toujours les habits qu’il avait porté à l’école toute la journée, et il s’essaya de dormir. Il aurait aimé que sa radio ne soit pas cassé : il avait toujours du mal à s’endormir sans musique. D’après May, c’était parce qu’il avait été trop materné dans son enfance, les berceuses de sa mère l’avaient « conditionné ». Il détestait franchement quand May parlait comme cela et il aurait aimé ne lui avoir jamais parlé de sa mère. Il se rappela de ne plus jamais lui raconter les choses en détail car sinon elle finirait forcément par en parler comme s’il s’agissait de sa propre vie. Il garda les yeux fermé et se chantonna une chanson, décidant de ne pas penser à May du tout, de ne pas penser à qui l’accompagnait en ce moment et de ne pas penser à  pourquoi elle ne l’avait pas appelé pour reparler du film.

Il fredonna chanson après chanson dans l’obscurité de ses yeux fermés, la fatigue l’envahissant  progressivement et douloureusement. Mais il n’arrivait pas à dormir, ne pouvant s’empêcher de penser à des tas de choses et il se sentit soudainement désespérément prisonnier de ses draps, comme un poisson se débattant et étouffant dans les mailles d’un filet. Incapable de rester tranquille, il se tira hors du lit et marcha jusqu’à son bureau, sortit un dossier de son sac, et couvrit son bureau des pages d’un texte qu’il avait à lire pour l’école. Les yeux à moitié fermés et la vision trouble, il lut plusieurs des poèmes. Quand il arriva ) la derrière, il se rendit compte avec surprise qu’il avait déjà tout lut mais comprit qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il venait tout juste de lire. Il regarda à nouveau ces paquets de mots et essaya de leur donner un semblant de sens mais finit par décider que cela n’en valait pas la peine. Il était complètement crevé et aucune lecture ne l’aiderait. Il pensa à fumer une autre cigarette mais c’était trop d’efforts et il posa sa tête sur le bureau, fermant les yeux.

Le téléphone sonna dans le salon et Mike réalisa qu’il avait dormi quelques secondes. Il maudit la bruyante sonnerie de toutes ses forces. Il aurait du le débrancher de toute façon, qu’elle ne puisse pas réveiller sa mère, mais avait oublié. Il se dépêcha d’aller décrocher. C’était Will.
 

-          Bordel, il fait froid ici. Déjà toi de sortir.

-          Il est très tard, Mike répondit en regardant l’horloge du salon et constatant de ce fait qu’en fait il ne l’était pas tant que cela.

-          Qu’est-ce que tu racontes putain ? Il n’est qu’onze heures !

-          Ma mère dort.

-          Eh bien, sors.

 
Mike se sentit agacé mais savait à quel point Will était persévérant.

 
-          Tu aurais du appeler avant, tu ne peux pas appeler aussi tard.
 

Il y eut un blanc sur la ligne et Mike espéra que Will avait compris.

 

-          Si tu décides de descendre, je serai dans ma voiture, dit Will.
 

Et il décrocha, laissant Mike avec un long bip qui sonnait comme une menace. C’était toujours comme cela avec Will, il faisait semblant de demander mais en vérité, ordonnait.
 

Mike enfila son manteau, marcha jusqu’à la chambre de sa mère et, avec précautions, entrouvrit la porte et jeta un regard à son corps immobile, allongé dans le noir. Eclairés par la faible lueur de la lune qui passait par la fenêtre, il ne pouvait voir que la silhouette vague de son pyjama clair et quelques uns de ses cheveux argentés. Elle ne ronflait plus et il craignit un instant que le téléphone ne l’ait réveillée. Il entra sur la pointe des pieds et s’approcha du lit en silence, murmurant « maman ? » juste suffisamment fort pour vérifier qu’elle dormait bien. Il n’y eut pas de réponse. Il resta un instant immobile, debout à côté d’elle, puis marcha jusqu’au coin de la pièce où il ouvrit discrètement son sac à main pour en tirer deux billets de dix dollars. Il les fourra grossièrement dans sa poche et sortit de la chambre en fermant la porte doucement derrière lui.
 
Il n’avait pas vraiment envie de voir Will mais il ne pouvait pas dormir de toute façon et n’avait rien de mieux à faire.
 
Will n’était pas dans sa voiture mais debout devant l’entrée principale du bâtiment, en shorts et baskets sans chaussettes. Il fumait une cigarette et, dans son autre main se balançait un sac plastique.

 
-          Trop tard, mon cul oui.

-          Tu fais chier ! craqua Mike. Tu aurais pu réveiller ma mère. Et qu’est-ce que tu là-dedans, bordel ?
 

Il fit un geste en direction du sac plastique.
 

-          De la bonne musique et de quoi fumer.
 

Il sourit et tira longuement sur sa cigarette, imitant un gangster.
 

-          J’ai la marchandise, patron.
 

Mike regarda le sac qui se balançait sur le côté de Will et soudainement se sentir attiré parce qu’il y avait à l’intérieur, attiré à en avoir la nausée.

 
-          Allons-y, dit-il en se tournant vers la voiture de Will.

 

-          Non attends.

 
Will l’arrêta en mettant un pied en travers de son chemin.


-          Allons dans ta chambre plutôt.

-          Tu plaisantes ?

-          Allez, on fera pas de bruit.

-          Non, pas ce soir. Pourquoi pas dans ta voiture.

-          C’est la voiture de ma mère.

-          C’est la maison de ma mère.

 
Will secoua la tête avec un air désapprobateur.

 


-          Ne sois pas si coincé, elle ne s’est pas réveillée la dernière fois !

-          Oublie alors, dit Mike, tu aurais du m’appeler plus tôt de toute façon. Je sors avec May ce soir.

 
Il n’avait pas voulu mentir mais ça l’arrangeait bien.
 

-          C’est des conneries.

-          Quoi ? C’est vrai !

 
Mike eut un sourire malin.


-          T’es pathétique mec. Je viens jute de la voir aller quelque part en venant ici !

-          Elle allait probablement vers le cinéma, on a rendez-vous là-bas.

-          Elle était avec un autre mec, t’as rendez-vous avec lui aussi ?

 
Mike eut un silence géné.

 
-          Arrête, tu fais pitié, dit Will en faisant un pas vers l’entrée de l’appartement. Tu viens ?

 
Mike étouffa un juron et le suivit.

 

 [Suite & Fin]

 

 

 

 

Rédigé par Milady

Publié dans #Littérature

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