*Tablo* Pieces of you : Counting Pulses [Traduction] pt.2

Publié le 14 Octobre 2010

[Début de la nouvelle]

 

 

 

Deux


Mike dit à Will d’aller dans la chambre en premier et se rendit dans celle de sa mère pour vérifier que tout allait bien. Elle ronflait à nouveau de cette façon mélodique et plaisante. Il regarda ses poignets maigres et pensa un instant au froid qu’on devait ressentir à les toucher. Un instant il hésita à marcher jusqu’à elle et prendre une de ses mains dans les siennes. Il resta immobile et l’écouta respirer un instant puis, sortant les deux billets de sa poche, marcha jusqu’au sac à main. Les billets étaient légèrement froissés et il les déplia avant de les remettre à leur place. En sortant, il ferma la porte et tira trois fois sur la poignée, écoutant avec attention le petit clic à chaque fois.

 

Puis il retourna dans sa chambre où Will s’était assis sur son lit et jouait avec les boutons de la stéréo sur la tête de lit.

 

-          Qu’est-ce qui ne va pas avec ce foutu truc ?

-          Elle est cassée.

 

Will frappa violemment une des amplis et secoua la tête

 

-          Ca craint.

 

Mike saisit quelques fringues dans son placard et tandis que Will remplissait la pipe, il mit les vêtements au pied de la porte de la chambre, bouchant méticuleusement l’espace entre la porte et le sol. Même l’air, espérait-il, ne pouvait plus passer entre sa chambre et le reste du monde.

 

-          Tu vois qu’on devrait faire cela ailleurs, dit-il en se tournant pour constater que la pipe était prête entre les mains de Will. On aurait pas besoin de prendre toutes ces précautions.

-          Oui mais dehors il caille et on crèverait de froid. Tu te souviens des vacances de Noël ? On a fumé devant le Madison Square Garden et mes couilles ont gelé cette nuit-là !

 

Mike eut un sourire hésitant puis se mit lentement à rire. Will sourit et l’ambiance se fit plus détendue.

 

-          Elles étaient toutes gercées, j’ai du utiliser le baume à lèvres de quelqu’un pendant la pause de midi tellement ça me faisait mal.

 

Ils rirent tous deux de bon cœur cette fois-ci.

 

Ils se passèrent la pipe, inspirant et expirant d’épais de nuages de fumée à tour de rôle. Mike retenait la fumée avec une précision maîtrisée, ne laissant rien s’échapper de derrière ses lèvres. Quand parfois un peu de fumée s’échappait, il étirait le cou, faisait un mouvement de tête en avant et ravalait la fumée comme un poisson faisant surface pour absorber de l’oxygène. Après avoir terminé cette première tournée, ils vidèrent la pipe, la remplirent à nouveau et la firent tourner une fois de plus. Ils firent de même encore quelques fois jusqu’à ce que leurs deux têtes soient lourdes.

 

-          Je suis défoncé, dit Will.

-          Moi aussi je suis défoncé, répondit Mike en chantant à moitié.

 

Mike laissa sa tête reposer contre un coussin et en fermant les yeux, il la sentit tomber lourdement, passant presque de l’autre côté de la surface tangible du coussin.

 

-          Ce serait bien si ta radio marchait, dit Will.

-          Ouais pareil.

-          Ce n’est pas aussi bon sans musique.

-          Ouais pareil.

 

Will eut un petit rire.

 

-          Tu l’as déjà dit.

-          Ouais, pareil.

-          Hey, tu bugges là !

-          Non, c’est toi ! dit-il, levant les yeux et le regardant comme un docteur regardait un patient. Moi je m’amuse.

 

Ils rirent.

 

-          Ca craint que partes à l’université, dit soudainement Will.

 

Il ne riait plus.

 

-          Pas vraiment. Cela ne me dérange pas d’aller ailleurs.

-          Tu veux partir ?

-          Je veux voir d’autres endroits.

-          Oh, fit doucement Will. Je comprends ce que tu veux dire, je crois. Il faut parfois se lever et bouger.

-          En effet.

-          Je suis désolé d’être venu si tard, dit Will.

 

Il avait vraiment l’air désolé malgré qu’il soit défoncé.

 

-          Je sais que ta mère me déteste.

-          Ce n’est pas vrai, elle ne sait même pas qui tu es.

-          Je suis désolé.

-          Ce n’est pas grave mais ne le fais plus.

 

Mike ferma les yeux à nouveau et imagina ce que cela ferait de vivre en Californie. Il n’avait jamais vraiment quitté New York.

 

Will lui donna un coup de coude et il ouvrit les yeux.

 

-          Il faut que je te demande un truc.

-          Quoi ?

 

Will resta silencieux un instant comme si lui-même avait déjà oublié sa question.

 

-          Laisse tomber.

-          Non, vas-y.

-          Je demanderai plus tard.

-          C’est quoi ça ? demanda Mike en se penchant subitement vers lui.

 

Juste au dessus de l’oreille, Will avait une cicatrice récente. Will s’éloigna précipitamment.

 

-          C’est rien.

 

Il se tourna pour que Mike ne puisse plus voir la cicatrice.

 

-          Juste une égratignure.

 

Il y eut un silence gêné  puis ils restèrent immobiles sans un mot pendant un instant, perdus dans leurs propres pensées.

 

-          May est comme toutes ces filles, dit soudainement Will.

 

Mike l’avait complètement oublié e.

 

-          Je t’avais dit de faire attention, continua Will. Elle est du genre à t’utiliser et juste au moment où tu commences à penser que tu es spécial, elle te rappelle qu’elle traite tous les autres mecs s de la même façon.

-          Ouais….

-          Tu n’es pas spécial.

-          Je sais.

-          Qu’est-ce que tu aimes chez elle ?

 

Mike réfléchit un instant :

 

-          Elle est intelligente.

-          Non, elle ne l’est pas.

-          Elle sait tous ces trucs sur comment le cerveau fonctionne. Par exemple une fois elle m’a dit que les gens étaient conditionnés par les choses auxquelles ils sont habitués très jeune Tu sais de quoi je parle non ? Par exemple, la musique, pour moi c’est la musique, tu sais comme je la cherche toujours.

-          C’est des conneries.

-          Non. Je suis tellement habitué à la musique que je ne peux plus dormir sans maintenant.

-          Peut-être que c’est vrai mais c’est des conneries qu’on s’habitue à tout juste quand c’est très fréquent. Cette fille est une salope et elle n’a pas la moindre idée de ce dont elle parle.

 

Il semblait étrangement en colère.

 

Mike se leva du lit et ouvrit la fenêtre. La rue en bas était pratiquement vide, il ne restait plus que quelques voitures rentrant à la maison. Un home et une femme approchaient de l’entrée d’un autre appartement, une petite fille derrière eux. Se penchant vers l’extérieur, Mike essaya de siffler une note dans l’air mais la note lui resta dans la gorge et n’en sortit jamais. Il pliss les yeux et regarda les rayons de lumière émis par les lampadaires s’étendre et se croiser, réunis dans un halo qui couvrait toute la rue, tombant comme une avalanche de lumière, fluide, s’abattant sur l’asphalte noire de la rue et remplissant chaque trou, chaque creux. Les choses et les gens en dessous, tous sans exception, les grandes poubelles de métal et les voitures garées, l’homme, la femme et leur enfant, tous semblaient artificiels sous cette lumière qui les enveloppait. Le paysage entier ressemblait à une mise en scène, un théâtre nocturne ne prenant vie que pour ceux regardant avec attention.

 

Il essaya de s’imaginer May dans son haut à col roulé brun habituel et sa  jupe écossaise, marchant dans les rues de New York avec un homme qui pouvait être n’importe qui. N’importe qui, vraiment, même lui. Il s’imagina la mener par la main comme s’ils dansaient, passant devant les façades des magasins dans la rue et déambulant insouciamment dans les rues. Mike se demanda si May chantait pour cet homme, si cet homme aimait même la musique ou pas du tout.

 

-          Ecoute, dit Will en apparaissant subitement derrière son épaule, je vais peut-être devoir dormir ici ce soir.

 

Mike prit un moment pour se reprendre et revenir à la réalité.

 

-          Ma mère ne va pas aimer.

-          Allez, j’ai vraiment besoin de rester.

 

Mike jeta un second coup d’œil à la cicatrice au dessus de l’oreille et, lorsqu’il s’en rendit compte, Will se retourna.

 

-          Encore ton père, pas vrai ?

 

Will ne répondit pas et passa un doigt sur sa cicatrice en silence.

 

-          Tu vas devoir dormir sur le sol par contre ! dit Mike avec précautions.

 

Will retourna s’allonger sur le lit et Mike s’absenta quelques secondes pour aller chercher quelques chips dans la cuisine. Ses mains étaient moîtes sans qu’il sache pourquoi et il les laissa dans le frigo quelques instant après l’avoir ouvert pour qu’elles refroidissent. Il hésita à passer par la chambre de sa mère à nouveau et se dit qu’il ne valait mieux pas et retourna dans sa chambre en silence.

 

Tous deux s’assirent sur le sol, adossés contre le lit, et mangèrent leurs chips bruyamment. Mike avait tellement faim qu’il ne pensait plus à rien d’autre.

 

-          Qu’est-ce qu’elle a ta mère ? demanda Will en croquant une chips.

-          Ne demande pas.

 

Mile respirait lentement mais difficilement. Will continua de manger et ne reposa pas la question mais Mike se demandait ce qu’il était en train de penser.

 

-          Elle est malade, dit-il.

-          Elle a quoi comme maladie ?

-          Quelque chose de grave.

-          Oh.

 

Will avala les chips qu’il avait dans la main et referma le sac.

 

-          Ca craint.

-          Ouais, ça craint.

 

La pièce se fit silencieuse et Mike soudainement, sans qu’il sache pourquoi, aurait aimé ne pas être défoncé. Il ouvrit le sac et commença à manger ses chips à nouveau, juste pour qu’il y ait quelque chose à écouter.

 

 

 

 

 

Trois


 Mike ne savait absolument pas quelle heure il était mais à en juger par la fine lumière qui emplissait la chambre, l’éclairant juste suffisamment pour que tout semble droit sorti d’un film en noir et blanc, le soleil ne tarderait pas à se lever. Et alors, sa  mère se lèverait.

 

Sa tête avait commencé à tourné très vite, un peu trop vite,  par petites vagues hachées il y avait dix minutes. Il commença à s’inquiéter mais décida de ne rien dire. Il chercha une diversion.

 

-          Tu veux voir quelque chose de cool ? demanda t-il en se levant et faisant un geste en direction de la porte.

 

Ses pieds emblaient engourdis et tandis qu’ils marchaient vers le salon, Mike avançait maladroitement et lentement sur le sol froid.

 

-          Et si ta mère se réveille ? demanda Will.

-          T’inquiète pas pour ça.

 

Mile le mena jusqu’à un meuble en bois de chêne dans le coin près du canapé. S’agenouillant, il l’ouvrit dans un grincement, faisant apparaître à l’intérieure une large collection de vinyles. Il fit courir un doigt sur les tranches, traçant une ligne claire au milieu de la poussière.

 

-          C’est cool, fit Will avec émotion. Je savais pas que tu avais des trente-trois tours.

-          Regarde ça !

 

Mike sorti un des albums et le posa doucement sur les mains tendues de Will. L’album était d’un rose pâli et enveloppé dans une sorte de plastique protecteur déchiré sur les côtés.

 

-          Merde, c’est t mère non ? s’étonna Will en rapprochant son visage de la photo. Melly Milne ?

-          C’était avant qu’elle ne devienne Melissa Platt.

 

Will observa la couverture avec un véritable intérêt, faisant courir son doigt le long des bords.

 

-          C’est vraiment classe, je savais pas que ta mère était chanteuse.

-          Elle l’a été.

-          Elle a même sorti des albums..

-          Oui, trois.

 

Mike sentit une pointe de fierté se glisser dans sa voix mais ça le rendit nerveux et il ajouta :

 

-          Mais c’était il y a longtemps.

-          On peut écouter ?

-          On a plus de phonographe.

-          Alors comment vous faites pour écouter ?

-          On ne les écoute pas.

 

Soudainement, les vagues dans la tête de Mike se vit plus fort, douloureuses même, comme s’apprêtant à lui sortir par les yeux. Il avait la bouche sèche.

 

-          J’ai envie de boire un peu d’eau, dit Mike en reprenant grossièrement le vynile des mains de Will.

 

Il le rangea à nouveau dans le meuble et alla vers la cuisine.

 

-          Ca va ? demanda Will en le suivant de près.

 

Mike se versa un verre d’eau courante et le but rapidement. Il prit quelques inspirations profondes et but un autre verre. Là, il se sentit mieux.

 

Quand ils retournèrent dans la chambre, ils rangèrent un peu, Mike éteignit les lumières et ils essayèrent tous deux de dormir. Il donna à Will allongé par terre, un manteau en guise de couverture. Puis, étendu sur le lit, il mit une main sur sa poitrine et essaya de sentir ses battements de cœur. Ils étaient un peu rapides. Il ferma les yeux et essaya de ne pas y penser.

 

-          Qu’est-ce qui va se passer quand tu seras parti ? demanda Will après un long silence. Je veux dire, si ta mère est malade et tout…

 

Mike ne répondit pas.

 

-          Qui va s’occuper d’elle ?

 

Son cœur battait plus vite, frappant fort contre la paume de sa main et il essaya de presser sa main plus fort contre sa poitrine.

 

-          Qu’est-ce qu’elle a au juste ? C’est comme le cancer ?

 

Soudainement, un vomis épais remonta violemment à la gorge de Mike et y resta coincé, lui éclatant les sens. Toujours une main sur la poitrine, il se redressa un peu pour faire face à Will, à moitié visible dans la lumière qui passait par la fenêtre.

 

-          Ta gueule.

 

Will le regard bizarrement.

 

-          Mais je suis sérieux.

-          Qu’est-ce que cela peut te foutre ?

-          Je demande juste.

-          Eh bien maintenant, arrête.

 

Mike se retourna. Il aurait vraiment aimé que la radio marche ou que n’importe quel bruit envahisse la chambre et couvre celui des battements de son cœur. Il se demanda pourquoi il était aussi en colère. Il se sentit soudainement coupable et commença à transpirer.

 

-          Je suis désolé, fit Will.

 

Quelque chose explosa dans la poitrine de Mike, entrainant une série de convulsions qui remontèrent le long du cou de son cou jusque sur le côté de sa tête. Il y posa une main et constata qu’il transpirait trop.

 

-          Will, vérifie mon pouls.

 

Will ouvrit les yeux et se tourna lentement vers lui.

 

-          Quoi ?

-          Vérifie mon pouls, vite.

 

Will le regarda sans réaction pendant un instant puis voyant que Mike tremblait, il marcha jusqu’à lui et posa un doigts sur le cou de son ami, cherchant le pouls.

 

-          Je l’ai, dit-il.

 

Le cou de Mike était brûlant.

 

-          Je vais compter quinze secondes, dis-moi combien de battements okay ?

-          Okay.

-          Un…deux…

-          Attends, tu comptes trop lentement.

-          T’es sûr ?

-          Ouais, c’était quatre secondes ça.

-          Okay donc toi compte quinze secondes.

 

Mike trouva son pouls en plaçant deux doigts contre son poignet.

 

-          Vas- y.

-          Un….deux….trois….quatre.

 

Il compta en faisant attention à bien respecter le rythme.

 

-          Quatorze….quinze….stop. Alors, combien ?

-          Tu es sûr que c’était la bonne vitesse ?

-          Mike, je suis défoncé aussi !

-          Trente-cinq. Trente cinq fois quatre….

-          Ca fait combien ?

-          Cent quatre-vingts.

 

Le visage de Mike se fit rouge et encore plus chaud, il transpirait vraiment maintenant.

 

Will alluma rapidement les lumièrs de la chambre et se rua vers le bureau de Mike, saisissant une calculatrice.

 

-          Attends, c’était combien ?

-          Trente-cinq.

 

Il pressa les nombres.

 

-          Cent quarante.

-          Merde.

-          C’est normal ? C’est quoi la norme ?

-          Cent je crois.

-          Merde !

 

Will se précipita vers lui et essaya de le recouvrir de la couverture mais Mike la repoussa.

 

-          Non, ouvre la fenêtre.

-          Je vais appeler une ambulance !

-          Non.

-          Si.

-          Putain, appelle pas. Ma mère va se réveiller.

-          Tu te rends compte de ta tête là ? Et si tu meurs ?

-          Personne ne meurt d’avoir fumé un joint.

-          Ouais.

-          Je vais bien, ouvre juste la fenêtre.

-          Elle est ouverte.

 

Will vérifié et revérifia le pouls de Mike et chaque fois, il était plus alarmant. Mike commença à tousser et à gémir de douleur. Il avait du mal à garder un de ses yeux ouverte, sentant sa paupière prise de convulsions rythmiques. Il vit que Will transpirait aussi. Mike le regarda marcher dans toute la pièce, les mains dans les cheveux, secouant violemment la tête. Il sentit la peur le prendre à la gorge.

 

 

-          On a besoin d’aide, fit subitement Will en s’immobilisant.

 

Mike essaya de parler, de lui dire de s’en aller, mais Mike disparut avant qu’il en trouve la force.

 

Sa tête inerte contre le lit, Mike agrippa violemment les draps sur lesquels il était allongé, les ongles lui rentrant dans la paume des mans. Le tissu lui échappait des mains, s’évaporant entre ses doigts, et il eut l’impression d’être en train de se raccrocher à la surface d’un profond lac. Il ferma les yeux et écouta les légères percussions venant du côté de sa tête.

 

Il murmura le nom de Will mais avait peur de ne pas vraiment faire de bruit. Il murmura encore et encore, plus fort, mais il n’y eut aucune réponse. Une vague de fatigue et de confusion firent monter une larme dans le coin d’un de ses yeux. Il se demanda si Will s’était enfui chez lui.

 

La poignée fit un bruit violent en rencontrant le mur lorsque la porte s’ouvrit et Mike tourna la tête pour voir un Will essoufflé se ruer dans la pièce. La mère de Mike le suivait lentement, guidé par le bras tremblant de Will.

 

-          J’ai vérifié son pouls, dit Will rapidement. Il est vraiment, vraiment élevé. Je voulais appeler une ambulance mais il a refusé.

 

Elle jeta un regard à la pipe sur le sol puis à Mike. Il ne transpirait plus autant mais sa respiration était douloureuse et d’une rapidité effrayante. La mère de Mike dégagea sa main de l’emprise de Will et s’agenouilla aux côtés de son fils, près du lit. Elle posa une main sur sa poitrine et sentit les battements de son cœur.

 

-          Tu peux rentrer chez toi maintenant, dit-elle en regardant Will.

-          Je suis désolé, vraiment désolé.

-          C’est bon. Rentre chez toi.

 

Sa voix tremblait.

 

-          Laisse le rester, fit Mike derrière elle, il ne peut pas rentrer.

 

Will resta debout et murmura d’autres excuses puis se laissa tomber le long du mur dans le coin de la chambre. Il prit quelques longues  respirations puis ferma les yeux.

 

La mère de Mike posa une main sur le front de son fils et sentit sa chaleur moite.

 

-          Chéri, fit-elle, je vais appeler l’ambulance.

-          Je suis tellement désolé, répondit Mike en se forçant à ouvrir les yeux.

-          Reste juste ici et essaie de ne pas bouger, d’accord ?

 

Après avoir appelé l’ambulance, elle revint à ses côtés avec une serviette et une tasse d’eau chaude. Elle essuya doucement la transpiration de ses bras et des ses jambes. Les secours arrivaient et tout ce qu’elle pouvait faire pour le moment était essayer de le garder éveillé.

 

-          Ca va aller, dit-elle.

 

Elle porta la tasse à ses lèvres, l’aidant à boire toute l’eau avec précaution, puis lui essuya les lèvres.

 

-          Je suis désolé, souffla t-il.

-          Plus d’eau ?

-          Maman, je suis désolé.

-          C’est bon. Tu veux plus d’eau ?

-          Non, dit-il.

 

Il souleva une main et la posa doucement sur le genou de sa mère.

 

-          Chante-moi une chanson.

-          Une chanson ?

-          Oui.

 

Il toussa à nouveau.

 

Elle resta assise, immobile et silencieuse, perdue.

 

-          Maman, chante-moi une chanson, répéta t-il.

 

Sa poitrine se souleva violemment contre la petite main de sa mère.

 

Elle hocha la tête avec hésitation puis, lentement, d’une voix tremblante, commença à chanter le premier couplet d’American Pie. Elle ferma les yeux et continua à chanter, réalisant à quel point sa voix était devenue faible et craignant que Mike ne s’en rende compte. Mais elle continua à chanter.

 

Bye, bye, Miss American Pie

Drove my Chevy to the levy but the levy was dry

Then good ol’ boys were drinking whiskey and rye

Singin’, this will be the day I die

 

 

-          Maman, l’interrompit-il.

 

 

Today is the day that I die.

 

-          Maman, arête, repeat t-il en serrant son genou de sa main.

 

Elle ouvrit les yeux et lui jeta un regard surpris. Puis, comprenant ce qu’elle venait de changer, elle posa sa main sur la pièce et dit :

 

-          Oh non, c’est juste la chanson.

-          Je sais, répondit Mike.

 

Il sentit une larme lui rouler le long de la joue.

 

-          Ne t’inquiète pas.

 

Elle se pencha vers lui et essuya sa larme du pouce.

 

-          Les secours arrivent.

 

Mike se sentit soudainement très gêné de lui avoir demandé de chanter et eut un rire nerveux. Et Will dont la conscience sombrait, ouvrit les yeux et rit aussi. Mike serra la main de sa mère et la tira vers lui.

 

-          Je vais m’en sortir.

-          Les secours arrivent.

 

Mike regarda derrière sa mère Will qui était recroquevillé en silence dans le coin de la pièce.

 

-          Will, je suis désolé, fit Mike d’une voix cassé.

-          Ne parle pas, répondit Will.

-          Je suis désolé pour ce soir, continua t-il dans un souffle court. C’est probablement ta pire défonce.

 

Will se prit la tête dans les mains et Mike se demanda s’il l’avait entendu.

 

-          Si tu t’en sors, dit Will en relevant la tête, ce sera la meilleure défonce que j’ai jamais eu.

-          Les secours arrivent, répéta la mère de Mike.

 

Mike rassembla ses forces et réussis à passer un bras autour d’elle. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas tenue dans ses bras et il se rendit compte qu’il avait du beaucoup grandir car le corps de sa mère était beaucoup plus frêle que dans ses souvenirs.

 

-          Dormons,  ne pensons pas à tout cela et dormons.

 

A ce moment-là, une pensée s’installa dans l’esprit de Mike. La pensée que si un jour une de ces deux personnes avait besoin de quelqu’un pour les protéger ou les sauver, il voulait essayer d’être cette personne.

 

Alors que le soleil s’écoulait lentement par la fenêtre de la chambre, Mike tint sa mère contre lui comme il put dans ses bras tremblants, imaginant qu’ils s’endormiraient comme cela, tous les trois ensembles, et qu’ils resteraient comme cela pour toujours.

 

 

 

 Fin de la nouvelle

 

 

 

 

Rédigé par Milady

Publié dans #Littérature

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