*Tablo* Pieces of you : Matchbox [traduction]

Publié le 21 Octobre 2010

Et voici donc la suivante. Elle s’appelle Matchbox qui signifie « boite d’allumettes ». Elle est assez déprimante mais bon c’est du Tablo alors on a l’habitude. Dans cette nouvelle on retrouve Mike…mais quand je dis « retrouver » je ne sais pas si c’est vrai, ce n’est peut-être pas le même en fait, c’est un nom assez courant. Enfin on retrouve le thème du père, de la maladie… Ce n’est pas ma favorite du recueil mais je l’aime bien malgré tout alors j’espère qu’elle vous plaira aussi. Enjoy <3

 

 

 

Matchbox

 

 

Six

 

Le père faisait la sieste sur le sofa, sa main souffrante reposant sur son estomac nu. Le garçon tira une cigarette du paquet posé sur la table à café, prit le briquet en métal rouillé et alla jusqu’au balcon sur la pointe des pieds. Avec précaution, il ferma la porte-fenêtre derrière lui et s’accroupit, simplement certain de ce qu’il avait vu faire et non pas de savoir comment il devait s’y prendre. Il porta la cigarette à la commissure de ses lèvres et alluma le briquet, regardant la flamme quelques instants avant d’allumer la cigarette pour de bon. Le bout s’enflamma et il se tourna pour vérifier que son père dormait toujours. La première bouffée de fumée lui fit l’effet d’être un bout de coton s’enfonçant dans sa gorge et il toussa pour la faire ressortir. Après plusieurs autres bouffées, il  se sentit à l’aise et s’adossa aux barreaux du balcon, faisant dos à la nuit. A travers la glace, il regarda la main de son père qui montait et descendait au rythme de son estomac, comme un ferry lent sur la mer.

 

 

Onze

 

Quand le garçon ouvrit la boite contenant son déjeuner, Mike le repéra de l’autre côté de la cafétéria,  échangea un high-five avec un ami et marcha jusqu’à lui. Il arracha le sandwich des mains du garçon et en prit une bouchée. Puis, il en laissa retomber le reste dans le Tupperwaire du  garçon et cracha dessus avant de s’éloigner. Le garçon le regarda retourner vers ses amis qui saluèrent son retour triomphant avec une approbation bruyante. Une fille assise près d’eux gloussa mais le garçon vit qu’en fait elle ne faisait que sourire. Il se leva, jeta le sandwich écrasé dans la poubelle et sortit de la cafétéria.

 

Plus tard, Mike surprit le garçon accroupi en train de fumer caché par les grandes herbes à la limite du terrain de l’école.

 

-         - Qu’est-ce que tu fous ?

 

Mike poussa légèrement le garçon du bout du pied et la cigarette tomba par terre. Lorsqu’elle tomba, il vit l’extrémité rougeoyante et se demanda si elle lancerait un feu qui ravagerait tout.

 

-         - Où est-ce que tu as eu cela ?

-        -  Je l’ai piquée à mon vieux.

 

Mike cracha à côté de la cigarette et réfléchit à la réponse du garçon. De petits nuages de fumées se fondaient à l’air et le garçon sentit que Mike ne savait pas quoi faire.

 

-        -  Je ne dirai rien si tu m’en passes quelques unes.

 

 

Quatorze

 

Le garçon n’avait pas encore allumé sa cigarette lorsque son père entra dans le salon et le vit accroupi de l’autre côté de la porte-fenêtre.

 

-         - Merde, tu avais dit qu’il était parti, dit Mike en éteignant rapidement sa cigarette sur le balcon.

 

Il commença à se lever mais s’arrêta et se rassit, immobile.

 

Le garçon cacha sa cigarette à l’intérieure de la paume de sa main. Son père marcha jusqu’à eux et ouvrir la porte. Le garçon n’était pas sûr qu’il est réellement vu la cigarette mais quand Mike avait tiré sur la sienne pour la première fois de la fumée s’était échappé et restait à présent suspendue dans l’air, sans parler de l’odeur.

 

Mike se leva, fit « au revoir »de la tête, marcha jusqu’au salon puis disparut. Le garçon entendit la porte se fermer.

 

Le père sortit sur le balcon et ferma la porte derrière lui. Le garçon se dit qu’il allait recevoir une raclée.

 

-         - Tu sens la culpabilité.

 

Le père s’accroupit à côté de lui et sortit un paquet tout froissé de la poche de sa veste située au niveau de sa poitrine. Il en sortit une cigarette et la porta à sa bouche. Pendant ce temps, le garçon ne comprenait pas ce qu’il se passait. Le père se tourna vers lui, la cigarette accrochée à sa lèvre inférieure.

 

-         - Ca fait bien ?

 

Le garçon sentit la cigarette se casser dans la paume de sa main. Les bouts de tabac se noyèrent dans sa sueur et la peau de sa main soudainement lui fit l’impression d’être une chaussette mouille. Il secoua la tête.

 

Le père lui jeta la cigarette éteinte au visage et retourna à l’intérieur, laissant le garçon sur le balcon.

 

Au diner, la mère du garçon dit que les voleurs engendraient les voleurs.

 

 

Dix-sept

 

Le garçon était complètement défoncé et eut une pensée admirative pour Sandra qui arrivait à maintenir une certaine image dans cet état. Elle était assise à côté de Mike et d’un autre mec, prenant de petites gorgées de bière dans la cannette de Mike et l’écoutant parler de quelque chose.

 

Mike remarqua que son ami regardait Sandra et l’amena jusqu’à lui. La fille chancelait un peu mais son visage n’était pas rouge et elle ne semblait pas si saoule. Mike la fit s’assoir à côté de lui sur le canapé et les présentant mais le garçon ne dit pas réellement bonjour.

 

Après que Mike se soit éloigner, l’ambiance se fit gênée parce que Sandra fixait sa cannette comme si elle y avait laissé tomber quelque chose. Le garçon regarda sa poitrine. Elle portait un débardeur et il observa qu’elle avait une poitrine plutôt développée pour son âge. Mais elle continuait de fixer sa bière et il se demanda si il devait dire ou faire quelque chose.

 

-         - Qu’est-ce qui t’a amenée ici ? il demanda.

 

Elle sourit mais ne le regarda pas. Il la regarda passer un doigt sur le bord de la cannette.

 

-         - Je suis désolé, dit-il, je suis désolé mais c’est la première fois que je suis saoul et je te trouve cool.

 

Cette fois-ci, elle se retourna, le regarda et sourit. Le garçon se souvint subitement d’une fille qui lui avait sourit il y avait longtemps et se demanda si c’était Sandra finalement. Mais il n’était pas sûr et, franchement, cela n’avait pas d’importance parce qu’elle était belle et qu’il avait l’impression que quelque chose était en train de se passer.

 

-         - Tu es mignon, dit-elle

 

Plus tard, ils montèrent dans la chambre de Mike et se tripotèrent un peu sur le sol près d’une pile de vêtement. Le temps qu’ils fassent cela, le garçon se sentait de plus en plus sobre et se demanda s’il fallait qu’il boive un peu plus. Il la tint maladroitement dans ses bras : elle était plus grande que lui.

 

-         - Tu sais, je pensais que tu sortais avec Mike.

 

Elle roula les yeux.

 

-         - Mike est un connard.

 

Il ne savait pas quoi répondre à cela et, du coup, sans trop savoir pourquoi, il lui dit que son père avait une maladie grave. Elle lui dit qu’elle était désolée mais elle ne l’était pas vraiment, tout comme le garçon ne voulait pas vraiment qu’elle le plaigne.

 

Après cela, ils s’assirent dehors et fumèrent la même cigarette. Le garçon trouva qu’elle avait meilleur goût que d’habitude.

 

 

 

Vingt-cinq

 

Le téléphone près de son oreille, il prit quelques gorgées d’eau tout en regardant la baie. Un petit bateau se frayait un passage jusqu’à la côte. Il dit à sa mère qu’il avait jamais vraiment voulu arrêter mais qu’il n’avait jamais vraiment voulu commencer non plus.  Elle le félicita et il put l’entendre passer la nouvelle d’une voix plus basse. Il ferma les yeux et imagina son père allongé sur le canapé à ses côtés, approuvant d’un hochement de tête. Mais le ventre de son père était à présent aussi asséché qu’une prune et sautait plutôt qu’il ne se soulevait, sa main essayant désespérément de ne pas couler.

 

Après avoir raccroché, il hésita à aller courir. Il était content d’avoir arrêté mais il n’avait jamais eu autant envie d’une cigarette de toute sa vie.

 

 

Fin de la nouvelle.

Rédigé par Milady

Publié dans #Littérature

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