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Hanging Garden

空中庭園

 

 

Sorti en 2005

 

Réalisé par Toshiaki Toyoda

 

D'après le roman de Mitsuyo Kakuta

 

 

 

Avec:

 

Koizumi Kyoko >>> Kyobashi Eriko

Itao Itsuji >>> Kyobashi Takashi

Suzuki Anne >>> Kyobashi Mana

Hirota Masahiro >>> Kyobashi Kou

Imaujuki Asami >>> Sacchin

Eita >>> Tezuka

 

 

Dontesque ?

 

Dans la famille Kobayashi, le mot d'ordre est "pas de secrets". Tout le monde se dit tout sans être embarassé. Ainsi c'est sans gêne que les parents apprennent à leur fille qu'elle a été conçue dans un Love Hotel de seconde zone car tous les autres étaient fermés. Mais la vérité est que tous les membres mentent. Le sourire de la femme est faux, le mari a plusieurs maitresses et les enfants vont très rarement -ou jamais- en cours. La bulle d'illusions dans laquelle vit cette famille finira t-elle par éclater?

 

 

8/10

 

Encore un film que j'avais déjà vu. Mais pour le coup il *fallait* que je le revois parce que je n'en gardais quasiment aucun souvenir sinon le fait que j'avais aimé la première fois. Et une fois de plus mes motivations à l'époque étaient les mêmes qu'à présent : Eita. Sauf que ce coup-ci je savais qu'il n'apparaissait que deux minutes donc je n'ai pas été déçue. D'autant que j'avais une autre motivation : Hanging Garden est un film de Toyoda Toshiaki -si ce projet Eita nous a appris quelque chose au moins c'est que ce réalisateur aime la famille Nagayama-, réalisateur de Blue Spring et 9 souls dont j'ai déjà parlé. Motivée j'ai donc lancé le film et, une fois de plus, il m'a plu. C'est cool, j'ai aussi relu ce que j'avais écrit à l'époque et apparemment je suis d'accord avec moi-même ! Ce que j'apprécie parce que finalement c'est rare, le moi de cette époque et mon moi actuel ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde. Apparemment cette fois-ci, si. Par rapport à cette époque, tout de même, comme notre entente ne saurait être tout à fait parfaite -faut pas déconner non plus, je ne suis pas un mouton, je ne me suis pas aveuglément moi-même!- il y a quelques aspects du film qui m'ont un peu plus dérangée que la première fois. Un surtout : la réalisation.

 

Toyoda Toshiaki a tendance à vraiment faire « son truc » et, dans mon expérience limitée de ses films -qui demande à être étendue et ne saurait tarder à l'être- cela n'a jamais été aussi vrai que dans Hanging Garden où il joue avec sa caméra pour produire un certain effet sur le spectateur jusqu'à ce que le spectateur en question en ait un peu le mal de mer. Okay peut-être pas tous les spectateurs mais en tous cas moi. C'est-à-dire que dans ce film la caméra tangue et tourne beaucoup. Dès l'ouverture du film elle tourne autour de la lampe de la famille centrale, donnant l'impression de tourner autour d'un globe. Nous regardons les dessins de la ville de Babylone et déjà le film nous annonce qu'il va nous parler d'un monde qui va s'effondrer. Plus tard la symbolique de Babylone reviendra d'ailleurs via le personnage d'Eita qui en arbore un tatouage et dit clairement à la fille de la famille que sa famille est déjà détruite, déjà corrompue et « Bienvenue à Babylone ». Souvent la caméra tangue également, reproduisant le mouvement du panier à fleur accroché sur la terrasse de la famille, fleurs cultivées par la mère comme elle cultive sa famille et fleurs destinées à fâner. Et lors de plusieurs scènes également, la caméra se met à tourner autour des personnages, notamment lors d'une scène de face à face entre la mère et sa propre génitrice tandis qu'elles discutent de son passé. Dans ces moments-là le mouvement rotatif semble imiter celui du lit du love hotel qui, dans ce film, symbolise l'origine, l'endroit de la conception.

 

Tous ces mouvements ont du sens et ils créent une ambiance particulière au film. Une ambiance déstabilisante tandis que le film semble de plus en plus perdre pied, à l'image de ses personnages. A la fin, lors de certaines scènes, l'image tangue parfois tellement que le bas s'en retrouve en haut comme pour nous signifier le retournement de l'univers de la famille principale. Le souci c'est que ces procédés, au bout d'un moment, ont honnêtement fini par me lasser et j'avais du mal à me concentrer sur le contenu des scènes -la prestation des acteurs, les dialogues, la mise en scène- parce que j'étais distraite par les mouvements de caméra. C'est dommage quand même.

[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園
[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園
[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園
[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園[La chute de Babylone] Hanging Garden 空中庭園

Heureusement, cela ne m'a pas empêchée d'apprécier le film et Toyoda Toshiaki arrive, de manière efficace, à nous faire perdre nos repères tandis qu'Eriko, la mère de famille, semble s'enfoncer de plus en plus dans ses angoisses et se laisser obséder. Or, comme le dit dans le film le fils de famille, Kou -interprété par Hirota Masahiro-, lorsqu'on se laisse obséder, on bloque/refoule la réalité. Eriko est un personnage qu'on plaint et craint un peu à la fois. Elevée par une mère qu'elle déteste de l'avoir délaissée, Eriko était une enfant recluse qui a juré de faire les choses différemment et elle porte sur le visage un sourire constant derrière lequel elle cache toutes ses frustrations, ses colères et ses difficultés. Ce sourire devient bien souvent crispant et l'aperçu qu'on a de ce qu'il se passe derrière à un stade du film -aperçu violent introduit par une déformation désagréable de l'image du visage d'Eriko- est effrayant. Mais Eriko fait plus de peine qu'elle ne provoque la crainte car ce sourire est avant tout le bouclier avec lequel elle cherche à protéger sa famille et l'illusion que tout va bien car, selon elle, si l'on ment suffisamment longtemps alors le mensonge devient réalité. A t-elle raison ? Difficile à dire. Les mensonges et cachotteries de la famille empoisonnent petit à petit le foyer mais la conclusion du film laisse sur une note d'incertitude. Je ne suis même pas tout à fait certaine que la dernière scène ne soit pas au moins un peu alterée. Cela dit c'est une conclusion qui fait son effet et pousse à réfléchir au reste du film et en cela, une bonne conclusion.

 

Le casting, bien entendu, est impeccable. Koizumi Kyoko dans le rôle d'Eriko fait un brillant portrait de son personnage, dans ses moments les plus désarmés comme dans ses moments les plus effrayants et, si elle est la pièce maitresse, les autres ne sont pas en reste. Imaujuku Asami est particulièrement charismatique dans le rôle de la grand-mère et Itao Itsuji, dans le rôle du père, arrive à rendre son personnage plus pathétique qu'antipathique, aidé par une écriture qui dans ses scènes d'adultère dissémine quelques touches d'humour appréciables. En général, de toute façon, le film tire un sourire lors de plusieurs scènes, le surréalisme de certaines scènes créant l'humour. Pour compléter le casting, Suzuki Anne et Hirota Masahiro sont également tous deux très bons et, en bonus, pour les gens qui comme moi ont un faible pour cet acteur, Katsuji Ryo a un petit rôle dans le film et je suis toujours contente de le voir. Quant à Eita, comme je le disais, il apparaît peu mais il est difficile à oublier, l'intervention de son personnage étant subite, assez violente et renforçant le thème général en en annonçant littéralement une partie. Le look du personnage -entre son manteau rouge et son corps tatoué à l'image de la cité corrompue de Babylone- aux touches un peu démoniaques ne font que souligner l'impact.

 

Au final, Hanging Garden, très joliment souligné par une bande son épurée et touchante, est un drame réussi qui ne m'avait pas laissée indifférente la première fois et m'a tout aussi touchée la seconde. Il prend son temps, plongeant ses personnages au cœur d'une spirale qui semble tourner de plus en plus vite. Les mouvements de caméra étaient parfois un peu trop appuyés et distrayants mais au moins ils n'étaient pas gratuits et bien que, lors de certaines scènes, j'ai vraiment trouvé que la caméra en faisait trop, la réalisation crééait malgré tout quelque chose et faisait vivre pour nous ce qu'il se passait dans la tête des personnages. Ce n'est peut-être pas un film à conseiller à quelqu'un de trop crevé car il n'est pas exactement sur-vitaminé mais si vous ne venez pas de faire deux nuits blanches, je vous pousserais volontiers à y jeter un œil.

Tag(s) : #Cinéma Asiatique

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