Don’t call it mystery | Curry en suspense 📝 🇯🇵

Publié par Mila ♥ sur 2 Janvier 2023, 21:09pm

Portrait de Suda Masaki avec les cheveux très bouclés et une grosse écharpe bien chaude autour du cou

 

💚💚💚

 

Titre original: ミステリと言う勿れ

(Mystery to iunakare)

 

Diffusé en 2022

Sur Fuji TV

12 épisodes d’environ 46 minutes

 

Réalisé par Aizawa Hideyuki & Matsuyama Hiroaki

Écrit par Aizawa Tomoko

D’après le manga de Tamura Yumi

 

Avec :

Suda Masaki : Kunou Totono

Ito Sairi : Furomitsu Seiko

Onoe Matsuya II : Ikemoto Yuto

Tsutsui Michitaka: Aoto Nariaki

Etc

 

Cet article est un transcript remanié de cette vidéo:

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Kuno Totono, un étudiant en psychologie, est accusé de meurtre, et, après s’être innocenté, il se trouve plusieurs fois mêlé à des affaires policières auxquelles il aimerait autant ne pas être mêlé. Il aide néanmoins à les résoudre, un peu malgré lui, grâce à son sens de l’observation développé.

 

/!\ trigger warnings pour le drama: violence domestique, maltraitance d'enfants (négligement, violences physiques montrées, violence sexuelle mentionnée), mentions de suicide et images de cicatrices de scarification

 

J’ai beaucoup aimé ce drama. Et pourtant, il donne dans un genre que j’aborde toujours avec un peu d’appréhension : celui des dramas policiers qui ne proposent pas une enquête s’étendant sur leurs (ici) douze épisodes mais plusieurs petites qui surgissent et sont résolues les unes après les autres, avec, pour aider la police, quelqu’un d’atypique. En l’occurence pas un médium, pas un mentaliste, pas une femme qui voit le futur ou qui a l’ouïe sur développée, ni un psychologue cannibale, mais juste un étudiant observateur qui aime sa solitude, a du mal avec les interactions sociales, et tombe souvent sur des affaires, même quand il ne les cherche pas. Jamais quand il les cherche, du reste, puisqu’il ne les cherche jamais.

 

 

Introduction

 

Le genre et la structure

Les thèmes

La structure : le retour

Le ton

 

En conclusion

 

 

 

... le genre et la structure

 

Alors c’est vrai que, moi, les séries à petites enquêtes comme ça, ce n’est pas une chose vers laquelle je me tourne naturellement. Je ne devrais pourtant pas me laisser arrêter, parce qu’il y en a plusieurs que j’aime beaucoup (Okitegami kyoko no biboroku ou TRICK, par exemple) mais en matière de mystères, j’ai tendance à préférer quand ils s’étoffent et s’étendent sur plusieurs épisodes. Donc quand j’écris (parce que je suis sur le point de le faire) qu’à mes yeux les enquêtes et les réponses à « mais quel personnage a commis le crime du jour et comment ? » ne sont pas l’attrait principal du drama, c’est très personnel : de base, ça n’allait pas être ce qui m’intéresserait le plus. D’autant que, même s’il y a (bien entendu) parfois des surprises, dans beaucoup de séries de ce genre je trouve le « quel personnage ? » souvent prévisible, À la décharge de Don’t call it mystery, néanmoins, je ne pense pas qu’il essayait toujours de surprendre, et il me semble que pour un public amateur, les mystères et rebondissements restent bien construits et divertissants.

Malgré tout, j’étais plus intéressée par le reste.

 

Le « quel personnage a fait le coup ? » ne me turlupinait peut-être pas, mais j’étais bien plus intéressée par le « qui ? », en revanche. Ça a l’air d’être la même chose, mais pas vraiment. Le « quel personnage ? », c’est le côté « cluedo » : qui a commis le crime ? Était-ce le colonel Moutarde dans le salon avec le chandelier, ou Madame Pervenche avec la corde dans la cuisine ? Et à côté de cela, il y a le « qui ? » : mais qui est réellement le colonel Moutarde ? D’où vient-il ? Où allons-t-il, j’ignore de le savoir…  Cette partie-là du drama (qu’on trouve évidemment dans beaucoup de séries du genre) m’intéressait plus, d’autant que le drama se servait généralement du « qui ? » pour parler de sujets de société plus large, pas juste des particuliers impliqués.

 

Par ailleurs, je trouvais les relations de Totono aux autres personnages sincèrement engageantes.  Outre une relation dont je ne peux pas parler par peur du spoil, j’ai surtout aimé le rapport qui s’installe entre Totono et le personnage d’Eita, ainsi qu’avec le personnage féminin principal, interprété par Ito Sairi. Au passage, j’en profite pour dire, au cas où, qu’il est explicite que Seiko a le béguin, mais qu’il ne faut pas regarder le drama en espérant de la romance: il y a deux personnages (un masculin, un féminin) pour lesquels, à mes yeux, Totono exprime un intérêt et une curiosité qui vont plus loin qu’avec les autres, mais ne regardez pas la série en espérant de la romance, vous seriez déçus. Je préfère vous prévenir. (Par contre, shippez comme vous voulez, je ne me suis pas retenue, personnellement)

Bref, ce n’était pas l’aspect policier qui m’attirait, et ce n’est pas l’aspect policier qui m’a retenu: ce sont les thèmes abordés par la série (dont on reparlera) et les relations entre personnages. Et j’étais enthousiasmée par ces choses qui me gardaient devant l’écran ! Mais pour autant, je n’ai pas bingé la série.

 

Parce que l’autre truc qui a tendance à me rebuter un peu dans ce type de séries, c’est ma peur de « la Formule ». À vrai dire, en l’occurrence, ça ne concerne même pas spécialement que les dramas policiers, mais tous les dramas japonais qui se présentent (ou semblent se présenter) comme une succession de petites histoires contenues. Le meilleur exemple de ça, c’est Gokusen: Gokusen n’est pas un drama policier, mais chaque épisode est vraiment construit de la même façon… et ça ne dérange pas tout le monde, mais pour moi (même si j’aime Gokusen) ça devient rapidement lourd. Bien sûr, avoir une formule d’épisodes n’a rien de spécifique aux dramas japonais, et ce n’est pas toujours dérangeant, du reste, mais parfois c’est exagérément souligné à coups de répétitions et catchphrases, et ça devient un carcan pesant.

 

Don’t call it mystery a également ses récurrence: par exemple, il y a le grand suspense du curry.

 

Totono, le pauvre, essaie de se cuisiner un curry mais est interrompu tout le temps, si bien que le vrai grand suspense de la série devient : Totono arrivera-t-il un jour à manger son curry en paix ? Autant vous dire que ça a l’air mal barré. À la place, il doit résoudre des affaires, et donc:

 

• il y a un crime.

• Totono s’y trouve mêlé.

• Totono imite quelqu’un dans l’assemblée, en reproduisant un geste inconscient de cette personne.

• Totono s’interroge tout haut sur quelque chose qui l’intrigue.

• Totono met à jour quelqu’un?

• le nom de cette personne s’affiche sur l’écran en blanc sur noir.

Malgré tout, cette formule ne parait jamais trop rigide, et ça aide aussi que la répartition des enquêtes sur les épisodes soit assez fluide. Parfois, un cas ne dure qu’un épisode, mais souvent les enquêtes s’étendent sur plusieurs, et, parfois, un seul épisode contient plusieurs affaires. Je n’ai pas eu de sentiment de rigidité: les histoires prenaient le temps nécessaire à les développer, ce que j’ai apprécié.

 

Pour autant, ça ne veut pas dire que la formule de la série ne m’a jamais pesé, et c’est dans les épisodes 2 et 3 que j’ai senti que je n’allais pas regarder toute la série en une seule soirée (d’autant qu’il était 3h du matin et que j’avais sommeil).

 

Évidemment, je ne vais pas spoiler le contenu de ces épisodes, mais mettons qu’on y trouve le type d’enquête où plusieurs personnes sont bloquées dans un même endroit, avec un coupable, ou des coupables, à démasquer. Totono a donc plusieurs sujets à étudier, et honnêtement pas le choix de se barrer et faire autre chose que « résoudre » ces personnes. Or, comme je vous le disais, chaque « résolution » de personne vient avec un commentaire sur l’état de la société plus large, et à force, j’avais l’impression que le drama me faisait trop la leçon, qu’il en devenait trop  sermonneur.

 

Totono n’est pas quelqu’un de hautain. Il est solitaire mais pas misanthrope, et il est distant mais pas parce qu’il se sent au-dessus des autres: il a juste du mal avec les interactions sociales. Cela dit, il fait des efforts, et ce de plus en plus le long de la série. Il essaie de dire ce qu’il faut, il essaie de faire les bons gestes, ou ne pas faire les mauvais gestes en tout cas.

 

Totono demande à un homme s'il va bien, mais se souvient alors que les gens ont tendance à répondre que oui, même quand ce n'est pas le cas. Totono demande donc à la place ce qu'il se passe.

 

Totono imitait le geste inconscient d'un homme mais se souvient de la remarque du personnage d'Eita. D'après lui, ça pourrait agacer des gens, alors Totono cesse d'imiter l'homme, levant les bras en l'air d'un air de dire Ouf, juste à temps !

 

Il ne prend pas les gens de haut, mais, à travers lui, j’avais quand même le sentiment que le drama essayait de me donner des leçons. Ce qui n’est pas un souci lorsque c’est une ou deux fois par épisode et que chaque épisode est diffusé à une semaine du précédent, mais lorsqu’on enchaîne les épisodes, ces moments commencent à s’accumuler, et ça fait beaucoup. Et ce indépendamment de la nature des messages, puisqu'en l’occurrence j’étais d’accord avec la grande majorité des remarques de Totono.

 

 

... les thèmes

 

Je suis rentrée dans ce drama sans en savoir grand-chose, mais en me renseignant après l’avoir terminé, vu les thèmes abordés, je n’ai pas été choquée d’apprendre que le drama a été écrit par une femme, d’après un manga également écrit par une femme.

 

Bien sûr, certains sujets abordés (celui des travailleurs essentiels pas assez appréciés, par exemple) ne concernent pas spécifiquement les femmes, mais à côté de ça on va trouver des sujets tels que le fait d’être une femme dans un milieu professionnel majoritairement masculin, la tradition qui veut qu’une mariée soit escortée par son père pour être offerte à son fiancé, ce genre de choses. Ainsi que des sujets qui ne sont pas que des problèmes de femmes mais qui les touchent quand même majoritairement, comme le manque d’appréciation pour l’entretien du foyer, la charge mentale, le harcèlement par un stalker, ou la violence domestique…

 

Dans une interview pour le magazine ATOM (cf. la traduction en ligne que j’ai trouvée de l’article), l’autrice du manga expliquait s’inspirer de faits divers et articles de journaux pour écrire ses histoires, donc ce n’est pas étonnant qu’on y retrouve autant de problèmes de société. Et ça rend le drama assez triste, aussi, parce que s’il y a un thème particulièrement récurrent dans cette série, c’est celui de la maltraitance. Il y en a évidemment plusieurs sortes, qui soulignent les écarts de pouvoir entre différentes strates sociales : la belle-mère qui maltraite la belle-fille, le mari qui maltraite sa femme… mais le thème qui revient le plus, c’est celui des enfants maltraités par leurs parents. Du coup, ce drama vient avec un trigger warning. Plusieurs, même, parce qu’il continent également des mentions de suicide et une image de cicatrices de scarification, mais surtout, il a ce thème de la maltraitance d’enfants.

 

Alors, si on n’a pas souffert de ce type de traumatisme, je pense que le drama reste très regardable. Il nous montre des moments difficiles de maltraitance, oui, mais il ne s’attarde pas dessus, l’idée n’étant pas de donner des cauchemars au spectateur. Néanmoins, il contient des scènes de violence physique, de négligence parentale, et une mention d’abus sexuels répétés sur enfant, donc ça pourrait être des triggers pour les gens qui souffrent de traumatismes.

 

En tout cas, oui, beaucoup de personnages du drama sont des survivants de maltraitance parentale. Certains sont des suspects dans les affaires, certains sont des coupables, certains sont des victimes, certains sont encore des enfants, certains sont devenus adultes, et certains sont notre personnage principal, Totono, qui lui aussi a eu une enfance visiblement difficile, et en porte les marques psychologiques et physiques.

 

Le drama ne fait pas que ramener plusieurs fois la maltraitance dans ses enquêtes: il en parle, aussi. Ce n’est pas qu’un gimmick, pas qu’un facteur parmi d’autres dans les différentes histoires. Non, c’est aussi un sujet de conversation. Par exemple, dans un épisode, Totono va soulever qu’il ne faut pas être trop prompt à juger les enfants qui se sont distancés de leurs parents, parce qu’il peut y avoir de très bonnes raisons et que ce n’est pas parce qu’une vieille dame a l’air très gentille avec le reste du monde qu’elle n’a pas donné d’excellentes raisons à son enfant de couper les ponts. Ou bien, il va reprendre un policier et se lamenter que ce n’est pas une chose heureuse, finalement, que des enfants maltraités aiment encore leurs parents, parce que leurs parents se servent de cette affection. Et le long de la série, on voit comment différents enfants maltraités ont grandi, en prenant tous des directions différentes, certaines plus tragiques que d’autres… Donc, non, ce n’est pas juste qu’on nous montre que la maltraitance arrive souvent : certes, le drama n’est pas entièrement dédié à l’exploration de ce thème-là, mais il essaie de nous en montrer différentes facettes.

 

J’aurais du mal à dire si c’est toujours bien fait, en revanche.

 

Par exemple, moi, j’aurais bien aimé que Totono ne soit pas le seul exemple d’un enfant maltraité ayant réussi à se construire une vie à peu près heureuse, histoire qu’il y ait une lueur plus vive d’espoir… mais, parce que je n’ai jamais vécu la maltraitance, je ne sais pas si c’est juste que je voudrais me rassurer. Par ailleurs (et ce n’est pas un choc), plusieurs des enfants maltraités ont développé des problèmes psychologiques, mais je ne sais pas si le portrait de leurs afflictions et la façon dont elles sont utilisées sont toujours exactes ou de bon goût. Je ne suis pas la mieux placée pour juger. De mon point de vue, au moins, je pense que leurs conditions ne sont pas démonisées, et que le drama ne fait (heureusement) pas le raccourci (faux) que maladie mentale = violence.

 

En tout cas, j’apprécie que le drama ne se contente pas d’aborder le sujet de la maltraitance, mais essaie aussi de l’explorer, et globalement il soulève différents problèmes qui méritent de l’être, comme, par exemple, le fait que la priorité ne devrait pas être de cacher les victimes de diverses maltraitances mais de stopper les coupables et de créer une société qui permette aux victimes de s’exprimer et demander de l’aide sans crainte.

 

Donc non, je n’étais pas réfractaire aux sujets soulevés. Simplement, ils sont soulevés de façon très frontale via les discours de Totono, et ce n’est pas un mal en soit, mais ça faisait un peu « leçon du jour » et le drama prêchait une convaincue, certes, mais même en tant que convaincue, j’avais besoin d’espacer le prêchage (c’est un mot j’ai décidé), et c’est pour ça que j’ai laissé passer du temps entre les épisodes. Alors pas beaucoup de temps, hein: j’ai regardé le drama en une dizaine de jours. Mais quand même.

 

Bizarrement, cela dit, je n’avais pas eu ce sentiment de sur-prêchage dans l’épisode 1. Pourtant,  dans celui-là aussi, Totono « résout » plusieurs personnages, et délivre plusieurs « sermons ». Dans cet épisode 1, le drama va même jusqu’à utiliser la lumière comme pour nous dire que St Totono nous éclaire de sa sagesse ! (en vrai, je ne pense pas qu’il veuille aller si loin, mais ça m’a fait sourire)

 

Totono à contre jour dans la salle d'interrogation, la perspective de la caméra le faisant semblant imposant.

 

La différence, je pense, c’est la place de Totono dans l’épisode. Dans l’épisode 1, c’est lui qui est accusé de meurtre, donc, essentiellement, le type doit sauver sa peau. Il est directement concerné. Il faut qu’il détermine qui va pouvoir l’aider, qui a des biais qu’il doit casser, ce genre de choses. Il y a une motivation personnelle et urgente, et je pense que ça change la perception du public. Dans l’épisode 1, Totono n’est pas juste un type qui s’est trouvé être là au mauvais moment, comme c’est le cas dans les épisodes 2 et 3 où il est dans une position délicate, certes, mais moins personnelle, à faire profiter l’assemblée de sa sagesse ingénue.

 

Pour cette raison, les épisodes 2 et 3 ne sont pas mes favoris, même s’ils ont leurs moments amusants, et surtout: Eita ♥ J’adore Eita ♥ Et j’aime beaucoup le rapport que son personnage créé avec celui de Suda Masaki.

 

Je reviens donc à la structure de la série.

 

 

... la structure: le retour

 

J’ai apprécié que les épisodes ne soient pas trop autocontenus : plusieurs axes continuent d’un épisode à l’autre, des personnages reviennent, et les relations évoluent. J’imagine qu’on peut aussi parler, vite fait, d’un fil rouge… mais aussi pas vraiment, et c’est compliqué d’expliquer sans spoiler. Le vrai fil rouge, ça reste quand même vraiment l’évolution subtile du personnage central, et les affaires ne me faisaient pas l’impression d’être des aventures séparées du reste mais des épisodes dans la vie d’un individu, à savoir Totono. Certes, une vie plus mouvementée et plus en couleurs que d’autres, avec un rythme clairement plus soutenu que celui de mon existence où les jours se fondent les uns dans les autres et les heures ne veulent plus rien dire… mais quand même, on suit son évolution, et c’est pour ça que les deux derniers épisodes m’ont fait un peu bizarre.

 

Pour expliquer : il y a douze épisodes, dans le sens « douze morceaux de télévision ». Mais les numéros affichés dans les épisodes correspondent à l’affaire principale en cours. Donc d’abord il y a dix épisodes qui correspondent à six grosses enquêtes, donc dix épisodes titrés de « épisode 1 » à « épisode 6 ». Puis il y a les épisodes 11 et 12, qui sont titrés « épisode 2.5 » parce qu’ils commencent entre les affaires 2 et 3, c’est-à-dire entre les épisodes 3 et 4.

Et ils m’ont fait une drôle d’impressions, ces épisodes, justement parce que le drama ne fait pas « succession d’histoires séparées ». Ce sont des histoires qui arrivent à une personne: Totono, notre fil rouge. Je n’irais pas jusqu’à dire que le drama est une étude de personnage, mais le personnage grandit évolue, et cette évolution arrive à un petit apogée à l’épisode 10, qui donne réellement un sentiment d’arrivée… avant que, pendant deux épisodes, on retourne en arrière, à un Totono dé-évolué et à peine présent, ce qui fait un drôle d’effet. Du moins quand  on a enchainé les épisodes sans trop d’attente entre chaque, parce que, oui, c’était sans doute moins étrange quand on regardait le drama pendant sa diffusion. Et il faut bien regarder les épisodes dans l’ordre chronologique de diffusion, parce que les épisodes 11 et 12 s’appuient sur des choses qu’on a vues dans les épisodes 1 à 10 (logique) mais voilà, ça m’a fait vaguement bizarre.

 

Cela dit, j’ai bien aimé ces deux épisodes et l’endroit où ils nous laissent. D’une part, j’ai très envie de voir une saison 2 pour avoir la continuation de l’intrigue, pour voir les relations continuer à évoluer, et d’autre part, ces deux épisodes (qui se déroulent en parallèle de ce qu’on a déjà vu) donnent une explication à certains évènements survenus pendant la série, et achèvent de lier ce qu’on avait vu jusque-là.

 

Par ailleurs, parce que Totono est peu présent dans ces épisodes, ça laisse un peu plus de place à d’autres personnages. Bien sûr, j’adore Totono, mais ce n’est pas comme s’il était complètement absent, et son retrait permet en particulier de se pencher plus sur Seiko, notre policière principale.

Seiko est un personnage que j’aimais bien, et dont j’appréciais les talents de détective qu’elle démontre plusieurs fois dans la série, mais c’est vrai que, comme dans beaucoup de séries du genre, elle et la police se reposent pas mal sur « le type atypique et surdoué qui participe aux enquêtes », au point qu’on finit par s’en demander ce que foutait la police avant Totono. Donc c’était sympa de voir Seiko ne pas bosser avec lui mais avec d’autres collègues, et de la voir évoluer dans son métier de son côté à elle.

 

Mais bon, oui : Totono était quand même mon élément favori de la série… ainsi que la raison principale pour laquelle j’ai décidé de regarder le drama à la base ! Et par ça je veux dire que j’ai choisi la série parce que j’aimais bien sa tête sur le poster. Je m’explique tout de suite.

 

 

... le ton

 

Je cherchais un drama japonais sur viki quand je suis tombée sur celui-là, et j’ai immédiatement été attirée par l’image de Suda Masaki avec ses cheveux bouclés et son écharpe. Le seul truc qui me retenait c’était le genre, donc j’ai fait un truc que je ne fais que très rarement : j’ai regardé la bande-annonce. Et c’est lorsque j’ai vu ce moment :

 

Totono explique que personne ne vient jamais le voir chez lui et ses interlocuteurs sont horrifiés, mais Totono ne comprend pas pourquoi, parce que lui trouve sa vie très agréable

 

Que je me suis réellement décidée pour ce drama.

 

Parce que s’il y a un genre qui me botte carrément pour le coup, c’est celui des dramas japonais centrés autour de protagonistes vivant une existence tranquille en dehors des attentes sociétales. Parfois, ce n’est pas radical : par exemple, dans Gou Gou the cat l’héroïne n’est simplement pas aussi sociale que certains voudraient et préfère vivre seule avec son chat. Ou bien, dans Beach Boys et Nagi no oitoma des personnages plaquent leur vie pour faire une pause. Après, on a des dramas avec des situations moins ordinaires : Kimi wa petto et son héroïne qui prend un homme pour animal de compagnie, ou bien NigeHaji dans lequel un homme et une femme conviennent de faire du statut de « femme au foyer » une véritable occupation professionnelle. Enfin, il y a les dramas encore plus originaux, comme Arakawa under the bridge, où un salaryman ordinaire emménage dans une tente sous un pont avec une société de créatures fantastiques à l’apparence de personnes déguisées. Bien sûr, le genre « protagoniste vit une existence tranquille et décalée » n’est pas réservé au Japon, mais c’est quelque chose que les dramas japonais font particulièrement bien, dans mon expérience. Ils ont le don de trouver l’ordinaire dans l’extra-ordinaire. De trouver l’humain dans ce qui sort de la norme, et donc de remettre en question cette norme. 

 

J’ai un faible énorme pour ce genre de séries, et oui j’ai aussi simplement saisi le prétexte pour vous recommander toutes ces histoires, juste parce que je les aime beaucoup. Quant à Don’t call it mystery il se situe plus du côté Gou Gou the cat du spectre : Totono ne fait rien de très choquant, sinon apprécier la tranquillité de sa solitude. Mais ça me parlait.

 

Bien sûr, au fil du drama, il s’ouvre un peu plus, parce que le drama a aussi un thème d’ « épanouissement via les contacts avec autrui » :

 

Un professeur dit à Totono de faire l'expérience des autres, parce que c'est comme cela qu'il se trouvera lui-même

 

Et puis Totono a grandi tel qu’il a grandi à cause de son passé, aussi… mais, malgré tout, j’ai eu le sentiment que, tout en le faisant s’ouvrir de plus en plus, le drama ne trahissait jamais le personnage, et acceptait que son train de vie est son train de vie, et qu’il n’a pas besoin d’en changer trop s’il est heureux de sa tranquillité.

 

Pour revenir au poster, à présent, j’ai tout de suite flashé dessus. En partie parce que j’aime beaucoup Suda Masaki, bien sûr, mais il y avait aussi l’écharpe et les cheveux, et ce n’était pas juste une question de superficialité : elles me procuraient un sentiment de chaleur et de réconfort. Et effectivement je trouve que Totono a une présence très apaisante qui s’étend à toute la série.

 

On commence le drama sur des sirènes de police, un bandereau jaune, et on comprend immédiatement qu’il y a eu un meurtre, mais juste après ça, on rencontre Totono. Installé à son petit balcon, il est occupé à simplement profiter des rayons de soleil et réciter de la poésie, dans une ambiance très tranquille, puis il va (essayer de) se cuisiner un curry… qui est une bouffe de réconfort ultime dans ma tête. Ça m’a été inculqué par les dramas japonais d’ailleurs ! Les curry japonais, pour moi, sont associés à la notion de foyer, de chaleur, de famille aussi, et peu importe que Totono soit tout seul : le combo journée lumineuse + curry + écharpe + poésie m’a immédiatement emplie d’un sentiment de calme et de réconfort… interrompu lorsque le propriétaire et la police viennent sonner à la porte.

Évidemment, n’oublions pas qu’un des grands thèmes de la série est celui de la maltraitance, en particulier d’enfants, or on ne peut pas dire que ce soit un thème reposant ou chaleureux. Et Totono lui-même a souffert pendant l’enfance, même si on n’a pas tous les détails… ce que j’ai apprécié, au passage. On n’a que des aperçus qu’on sent incomplets, et ça va potentiellement paraître bizarre à dire, parce que Totono est un personnage fictif donc ce serait naturel qu’on explore tout ce qui le compose et l’a construit, mais… aucun survivant ne nous doit les détails de ce à quoi il a survécu, et j’aime bien l’idée que Totono, même pour nous, se contente d’exister. Oui, on déduit et comprend (et voit) certaines choses à travers ses actions et interactions avec le monde (ainsi que de très brefs flash-backs), mais le drama ne nous donne pas trop de détails, parce qu’ils ne sont pas aussi importants que la personne qu’est Totono dans le présent. Ça laisse une intimité au personnage, et même si le but d’une fiction est souvent d’envahir l’intimité de ses personnages pour le spectateur… je ne sais pas, j’ai aimé qu’ici certaines choses soient gardées vagues. Bien sûr, s’il y a une saison 2, elle élaborera peut-être sur la question, mais en attendant j’aime bien l’effet créé dans cette saison 1.

 

Le premier attrait de Totono, pour moi, a donc été la tranquillité du personnage, et ce qui a cimenté mon affection immédiate pour lui a été sa gentillesse avec le personnage féminin principal.

 

Au début du drama, Seiko est à deux doigts de quitter son boulot parce qu’elle est gardée à l’écart, sous-estimée, ignorée, et qu’elle traverse en, en plus, une mauvaise passe personnelle après avoir perdu son chat. Et ses collègues se moquent d’elle d’être aussi touchée par le décès de son animal de compagnie, mais pas Totono, qui lui adresse des mots empathiques, et prend ses émotions au sérieux. Certes, à ce moment-là, il a besoin d’une alliée, de savoir qui dans la station est susceptible de l’aider, et Seiko est la meilleure candidate, mais je ne pense pas qu’il y ait de réelle manipulation de la part de Totono. Je ne pense pas qu’il feigne sa compassion, au moins, ce n’est pas son genre, et c’est le moment où j’ai réellement décidé que ce personnage me plaisait.

 

Et, globalement, l’attitude et la « vibe » de Totono s’étendent au drama. Même les résolutions des crimes ont quelque chose de confortable. Encore une fois, je ne parle évidemment pas des crimes eux-mêmes ni de ce qu’ils incluent, mais vraiment de leur résolution. Déjà, elles sont ponctuées de petits moments drôles, qui découlent généralement du décalage entre Totono et les situations (par exemple lorsque, dans un bus détourné par un criminel, il demande au criminel s’il pense que l’incident sera bouclé à temps pour que Totono puisse aller à son exposition artistique). Ce qui bien sûr, participe à l’ambiance décontractée.

 

Il y a aussi l’aspect physique.

 

Un truc tout con : souvent, Totono est assis lorsqu’il résout les affaires.

Sur un canapé, dans un bus, sur un fauteuil, dans un lit d’hôpital… une fois il est dans un train et résout un mystère tranquillement pendant son trajet, essentiellement à distance. Et même s’il arrive une ou deux fois qu’il soit potentiellement en danger, c’est très rare qu’il exprime beaucoup d’inquiétude pour lui-même, et son calme est contagieux. Donc on est calmes parce qu’il est calme. Pas qu’il n’y ait pas quelques situations tendues, mais le drama ne joue pas sur l’adrénaline, en clair, et même quand les criminels sont démasqués, ça me faisait rire, la police avait les officiers les plus relax au monde : ils étaient en mode « bon, criminel, nous on va par là, donc quand tu te le sens, tu nous suis, ok ? ».

 

En même temps, c’est vrai que les criminels n’essaient jamais de s’enfuir, ce qui est certainement lié à la façon dont Totono les démasque. C’est-à-dire qu’il ne fait pas qu’exposer un crime : il examine les criminels, il les analyse, il les déconstruit, et ce faisant, dans un sens, il les décharge, il leur enlève un poids. Il va au fond d’eux, et les criminels sont généralement trop occupés à ressentir leurs émotions pour penser à fuir . Totono résout les affaires en résolvant les gens, et c’est pour ça qu’après les noms des gens s’affichent à l’écran… comme on nommerait un tableau, finalement : Totono peint des portraits et le drama ajoute le titre une fois les portraits achevés.

 

C’est vrai, à première vue, la façon dont Totono résout les affaires semble contredire la « leçon » qu’il donne au policier dans l’épisode 1, lorsqu’il lui demande de s’en tenir aux faits et de ne plus chercher la vérité dans les gens, parce que les gens ont tous une version différente de la vérité même quand ils ne mentent pas… ce qui, au passage, est délicat, parce que : que faire face à une histoire de harcèlement où les sentiments de la victime sont hyper importants ? Mais sinon, Totono remet surtout en question les biais du policier, qui sera plus prompt à croire une personne plutôt qu’une autre. Ce qui est évidemment dangereux, parce que le policier est en position de pouvoir, là où Totono n’en a pas… et pour moi c’est la différence majeure : il n’a ni le devoir ni le pouvoir d’arrêter les gens… et d’ailleurs il en laisse sciemment filer certains.

 

Pour revenir au ton confortable, je pense que ce qui joue, aussi, c’est le fait que Totono ne soit souvent pas trop dans le jugement : il a un compas moral qui fait qu’il va condamner les actions des gens lorsqu’elles sont mauvaises, mais je trouve qu’il décide rarement qu’untel ou unetelle est une bonne ou une mauvaise personne. Il est souvent dans la compassion, et ça fait que le drama aussi. Parfois trop. Par exemple, dans l’épisode 5, le coupable est pris en compassion par son entourage, et moi je ressentais un mépris si profond pour cette personne que j’avais envie de crier « non ! jugez le plus ! PLUS ! PLUUUUUUUS ! » ( [spoiler] le type, pour soulager son stress, dévoilait la position de victimes de violences à leurs abuseurs [/spoiler] ). Et ce n’est pas la seule fois où ça arrive.

 

Mais globalement, quand même, j’ai aimé l’atmosphère du drama.

 

... en conclusion

 

En conclusion, j’ai beaucoup aimé cette série. Son côté sermonneur a fait que (même si j’ai apprécié la plupart des messages véhiculés et sujets abordés) j’ai espacé les épisodes, mais ça ne veut pas dire que je n’aimais pas la série, juste qu’elle ne se prêtait pas au marathon total pour moi. Et bien sûr, le fait que le genre policier ne soit pas mon genre de prédilection a dû jouer. Malgré tout : j’étais investie. J’avais raisonnablement envie d’avoir le fin mot des enquêtes, mais surtout j’avais envie de découvrir les portraits que ferait Totono des gens impliqués, et puis, justement, j’aimais bien Totono, notre protagoniste.

 

Suda Masaki est très bon dans le rôle, le personnage est très attachant, souvent drôle, et il a une aura que je trouve apaisante. Une aura qui se retrouve dans le ton du drama, malgré les thèmes sombres de la série, notamment celui de la maltraitance d’enfants qui pourra être difficile à encaisser pour certaines personnes. 

 

J’ai aussi aimé regarder les relations de Totono à son entourage évoluer, et j’espère sincèrement qu’il y aura une saison 2 parce que je suis curieuse de voir où ira l’intrigue, mais surtout curieuse de voir les relations de Totono continuer à progresser et changer. Et puis c’était cool de voir des acteurs que j’aime bien faire des apparitions ! Eita, évidemment, est toujours un plaisir à retrouver à l’écran, mais j’ai également été ravie de voir, entre autres, Kohinata Fumiyo, Seki Megumi, Shida Mirai que je n’avais pas vue depuis un bail, et puis bien sûr Sasaki Kuranousuke. Etc.

 

Bref, ma conclusion est que choisir un drama en fonction des cheveux de son personnage principal est visiblement une excellente idée, et qu’on devrait tous sélectionner nos visionnages comme ça. Après tout : regardez Lost. Le héros de Lost a des cheveux magnifiques ! Et le drama était génial. Du moins pendant les deux épisodes que j’ai regardés avant d’avoir trop peur que le drama me brise le cœur pour que j’ose continuer. Mais un jour je le terminerai. Et ce sera génial. Et ce sera grâce aux cheveux de Ryu Joon Yeol, probablement.

 

En attendant, Don’t call it mystery, c’était bien, et je vous le recommande !